Discours final manifestation du 6 novembre

PDF.gifPour un renouveau de la démocratie sociale

Permettez-moi avant de commencer une citation, d’un « syndicaliste» patronal qui explique, on ne peut mieux, ce qui est en œuvre depuis 2007 : « Le modèle social français est le pur produit du Conseil National de la Résistance. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraites, refonte de la sécurité sociale, paritarisme… A y regarder de plus près on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! » Denis KESSLER, ancien vice président du Medef, Challenge, 4 octobre 2007

Le président de la République continue de mépriser, au plus haut point, le dialogue social. Les élections présidentielles, à ses yeux, lui confèrent une légitimité totale et permanente dans des choix imposés que les organisations syndicales ne peuvent contester. La tentation est grande, pour le président et le gouvernement, de se débarrasser de la démocratie sociale qui ne peut être fondée que sur la négociation et le compromis dont ils ne veulent pas. Le Président de la République aura utilisé la “réforme” pour sa communication électorale sans ouvrir un débat de fond.
Désormais, il n’y a plus, face à nous, un projet de loi gouvernemental sur les retraites mais une loi, une loi que le parlement a adoptée dans les conditions contraintes que l’on sait. Le gouvernement a choisi d’ignorer le message que la grande majorité des Français voulait lui passer depuis des semaines. Il est donc allé au bout, quitte à pratiquer le passage en force. Il y a gagné une loi, certes, sa loi, mais a-t-il pour autant convaincu ? Non, lui ont répondu des centaines de milliers de manifestants, le jeudi 28 octobre, en pleines vacances de la Toussaint. Non, lui répondent à nouveau aujourd’hui les manifestants qui sont descendus dans la rue à l’appel de l’intersyndicale. Et, surtout, non, continue à penser, au-delà des manifestants, malgré la fatigue, malgré l’usure, la grande majorité de l’opinion publique.
Alors, oui, c’est une loi… Mais elle continue à ne pas traiter la pénibilité, l’emploi des jeunes et des seniors, les carrières des femmes, l’équilibre financier ou l’injuste répartition des efforts demandés.
C’est une loi ? Mais les injustices qu’elle couvre désormais n’en restent pas moins des injustices.
C’est une loi ? Mais elle ne sera opérationnelle que si, après avis du conseil constitutionnel, le président de la République en signe la promulgation.
C’est pourquoi, parce qu’il en est encore temps, nous demandons et nous demanderons solennellement au président de la République de ne pas la promulguer.
Mais, ne nous trompons pas. Loi ou pas loi, ces débats que nous avons fait naître ne se sont pas et ne seront de toute façon pas clos. Que l’on ne compte pas sur nous pour cela : nous avons su les faire émerger en nous battant ensemble pendant des mois, nous continuerons à les porter tant qu’ils ne seront pas traités. Sous quelle forme ? Comment ? Nous en trouverons le moyen. Nous disons que l’important est de continuer à conserver notre unité et ce lien que nous avons tissé avec l’opinion publique, qui a fait et continuera à faire notre force. Car si le gouvernement a sa loi, nous avons, nous, la légitimité. L’ampleur des mobilisations a confirmé qu’au-delà de la seule réforme des retraites, l’emploi, les salaires, les conditions de travail, l’avenir des jeunes, sont restés sans réponses efficaces, notamment avec l’aggravation des situations liées à la crise. Contre cette réforme injuste des retraites, mais pour combattre aussi cette nouvelle hausse du chômage qui vient encore de frapper, contre le plan d’austérité budgétaire pour 3 ans que le parlement est en train d’examiner en ce moment-même, l’intersyndicale n’a pas fini son travail. Nous ferons tout pour qu’elle continue, avec vous, à le faire dans les semaines à venir.

Pour l’Intersyndicale, UNSA , CFDT , CFE-CGC , CFTC , CGT , FSU , Solidaires
Patrice Weisheimer ud-67@unsa.org - 06.63.14.67.31