Le conflit à la SNCF s’achève à la veille du vote à l’Assemblée nationale Luc Bérille (Unsa) : « Une grève évitable »

DNA« Une course à l’échalote jusqu’au-boutiste » entre CGT et Sud a provoqué ces onze jours de grève, regrette Luc Bérille, secrétaire général de l’Unsa, deuxième syndicat de l’entreprise.

Onze jours de grève à la SNCF, le plus long conflit depuis 2010. Pourquoi ?

« Ce sont surtout onze jours de conflit évitables. L’enjeu, c’est la réforme du marché ferroviaire et son ouverture à la concurrence, que personne ne découvre… Cela fait dix-huit mois que les organisations syndicales en discutent avec le gouvernement et la SNCF. À l’Unsa, nous réclamions des garanties structurelles pour assurer la solidité et la pérennité de l’entreprise, et des garanties sociales sur le statut des cheminots. Nous avons obtenu ces avancées par la négociation. Mais d’autres ont choisi la grève, sans d’ailleurs jamais dire clairement ce qu’ils en espéraient. »

Vous mettez en cause la CGT ?

« Elle est en proie, à la SNCF et ailleurs, à de grandes difficultés sur sa stratégie syndicale. La CGT doit arbitrer entre deux orientations qui la traversent : une position très radicale de refus de tout compromis, et la capacité à négocier et s’engager sur un compromis. D’autant qu’elle est talonnée à la SNCF par Sud-Rail, dans une course à l’échalote jusqu’au-boutiste qui n’amène aucun résultat. »

Vous critiquez Thierry Lepaon, son secrétaire général ?

« Je ne me permets pas de juger mes homologues. Je constate juste la grande difficulté de la CGT, et je dis qu’elle pose aux autres organisations syndicales un problème de lisibilité, de fiabilité : nous avons du mal à saisir ce que veut la CGT, et à savoir si elle est en capacité de tenir une ligne. »

Vous comprenez le conflit des intermittents ?

« Bien sûr, le déficit du régime d’assurance chômage oblige à des décisions moins favorables à certains salariés, dont les intermittents. Mais le gouvernement a eu raison d’agréer l’accord conclu par les organisations syndicales, qui comprend notamment les droits rechargeables pour les chômeurs. Il a également raison d’ouvrir la discussion au fond sur le régime des intermittents : ce n’est pas à l’assurance chômage de financer seule une certaine exception culturelle française.

Les organisations syndicales doivent maintenant saisir la main tendue et éviter la politique du pire, comme à la SNCF, qui serait ici l’annulation des festivals. »

Dans quinze jours se réunit la grande conférence sociale. Votre priorité ?

« Sans hésitation, l’emploi, notamment à travers la mise en œuvre du pacte de responsabilité. Avec la première tranche du CICE (Crédit d’impôt compétitivité), ce sont 7 milliards d’euros qui sont en train d’arriver dans la caisse des entreprises. Le dialogue doit donc s’ouvrir concrètement dans les branches et les entreprises sur l’utilisation des marges ainsi dégagées. C’est la responsabilité du patronat qui est engagée. »

par Propos recueillis par Francis Brochet